Colloque

26ème congrès de la Société Française d’Histoire Urbaine

Tracer la voie, construire la ville : rôle des lotissements et de leurs rues dans l’extension du centre urbain de Clermont-Ferrand au XXe siècle

Par Félicie Fougère

Mercredi 01 avril à 11h15, mairie de Tours

A la fin du XIXe siècle, le premier plan d’aménagement de la ville de Clermont-Ferrand donne le cadre général de déploiement d’une voirie structurante à l’échelle d’une agglomération dont les limites sont repoussées. Ces travaux de voirie, dont nous pouvons reconstituer le détail via les devis conservés dans les archives, étaient pris en charge par la municipalité. Il y a alors constitution d’une trame structurant le paysage urbain et provoquant une émulation, non dénuée d’intérêts financiers, chez les propriétaires de vastes parcelles voyant là une opportunité de lotir leur terrain. La naissance d’une voirie secondaire, dont le motif s’impose à la Ville sans qu’elle puisse vraiment la réfuter, préside à l’établissement du plan d’aménagement, d’embellissement et d’extension (Cornudet). Il s’accompagne, en 1924, d’une modification législative d’ampleur. La loi sur les lotissements change alors la répartition des efforts financiers, le lotisseur se substituant à la Ville pour viabiliser les voies desservant son lotissement. L’effet en est une tendance, de la part de la municipalité, à se reposer sur l’action privée, à attendre qu’elle finance l’application du plan d’aménagement. Il peut en résulter la persistance de friches au sein de l’emprise urbaine, là où le chantier n’a pu advenir, terrains ensuite favorables à l’aménagement d’ensembles concertés (ZUP puis ZAC dans les années 1960, services publics ou établissements scolaires) par des acteurs publics autres que les municipalités.

A partir de l’exemple des lotissements s’implantant aux abords du boulevard de ceinture de Clermont-Ferrand, on peut ainsi distinguer trois temps dans la manière de mener un chantier de viabilisation des rues : les années 1880-1925 sont marquées par l’action municipale encadrée par le tout premier plan d’extension, les chantiers de voirie s’opèrent alors au bénéfice des lotisseurs ; au cours des années 1925-1952, le coût de la viabilisation se reporte sur des lotisseurs dont les aménagements s’inscrivent dans un périmètre restreint tandis que le plan d’aménagement, d’embellissement et d’extension prétend donner une trame globale ; enfin, à partir des années 1950 se développe une inversion des pratiques d’aménagement, l’émiettement foncier des lotissements cède aux chantiers sur vastes emprises alors que s’affirme l’urbanisme de zonage. Les trois temps de la viabilisation liée aux lotissements commandent à la création de trois types de paysage urbain encore perceptibles de nos jours. Les exemples concrets, pris dans la zone d’extension de Clermont-Ferrand au cours du XXe siècle, illustreront les effets de ces modifications radicales des règlements de travaux en zone urbaine.

Félicie Fougère, conservatrice du patrimoine, chercheuse à l’Inventaire générale de la région Auvergne-Rhône-Alpes, felicie.fougere@auvergnerhonealpes.fr, 04 73 31 85 53